En Méditerranée, la voile latine a survécu grâce aux passionnés qui restaurent des pointus et des barques catalanes, les arment le week-end et se retrouvent lors de rassemblements. En Guadeloupe, l’histoire a pris un autre chemin. Ce n’est pas la conservation qui a sauvé le canot à voile, c’est la compétition, avec des équipages qui s’entraînent comme des sportifs et une course autour de l’archipel suivie depuis les plages.
Un bateau de pêche devenu bateau de course
Le canot saintois, ou saintoise, est né aux Saintes, le petit archipel posé au sud de la Basse-Terre. La tradition locale en attribue la forme à des charpentiers venus de Bretagne et installés à Terre-de-Haut : une coque fine, ouverte, sans pont, gréée d’un foc et d’une grand-voile, lestée de pierres. C’était un outil de travail, pensé pour pêcher et transporter, pas pour gagner des régates.
L’arrivée du moteur hors-bord, à partir des années 1960, a changé la donne. La coque a été adaptée pour porter le moteur, et la saintoise motorisée s’est répandue chez les pêcheurs d’une bonne partie des Petites Antilles. La voile, elle, a presque disparu du travail quotidien. Elle est revenue par la course : le championnat de canots a été relancé dans les années 1990, sur le modèle du circuit des yoles de Martinique, et le Tour de la Guadeloupe à la voile traditionnelle, aujourd’hui appelé Traditour, s’est installé au début des années 2000. Il se court en été, par étapes, autour de l’archipel.
Les canots de course gardent l’esprit du bateau de pêche, avec des règles qui surprennent un marin de Méditerranée. Le seul lest additionnel autorisé est fait de sacs de sable ou de cailloux, que l’équipage peut jeter par-dessus bord en pleine course. Sous une grand-voile démesurée pour la taille de la coque, les équipiers passent la régate suspendus hors du bord pour tenir le bateau à plat.
Yole et canot, deux cousins que l’on confond
Le visiteur qui a déjà vu courir la yole ronde martiniquaise croit souvent reconnaître la même embarcation. Les deux bateaux partagent une philosophie, celle d’une coque légère et d’une voilure énorme tenues en équilibre par le poids de l’équipage, mais pas le même dessin. La yole ronde n’a ni quille ni gouvernail : elle se dirige à la pagaie, et ses équipiers, nombreux, se placent sur de longues perches qui dépassent de la coque, les bois dressés, pour faire contrepoids. Le canot guadeloupéen embarque un équipage plus réduit et reste plus proche de la barque de pêche d’origine.
Pour un amateur de voile latine, la comparaison a quelque chose de familier. Ici comme en Méditerranée, ces bateaux n’ont pas été dessinés par des architectes mais ajustés, génération après génération, par des pêcheurs qui connaissaient le vent et la mer de leur côte. La différence tient au vent lui-même. Là où le mistral et la tramontane soufflent par coups, l’alizé arrive de l’est, régulier et soutenu une bonne partie de l’année, et c’est pour lui que ces coques ont été taillées.
Ce que l’archipel montre quand on le regarde depuis l’eau
Depuis la mer, la Guadeloupe se lit autrement. La côte sous le vent de la Basse-Terre, de Deshaies à Vieux-Habitants, est abritée de l’alizé par la montagne, ce qui en fait un plan d’eau calme mais capricieux : sous les reliefs, le vent tombe ou tourne sans prévenir, et les voiliers de passage le savent. Au nord, entre les deux ailes du papillon, le Grand Cul-de-Sac marin forme un vaste lagon fermé par une barrière de corail et semé d’îlets, dont l’îlet Caret. À l’est, la pointe des Châteaux reçoit l’Atlantique de plein fouet.
Au sud, le canal des Saintes sépare la Basse-Terre de l’archipel d’où vient le canot. Plus loin, Marie-Galante, ronde et plate, et La Désirade, longue silhouette posée face au large, complètent un ensemble qu’aucune route ne permet de saisir d’un seul regard. Vu depuis un bateau, on comprend pourquoi l’on parle si volontiers des îles de Guadeloupe, au pluriel.
Voir les canots, et choisir où poser son sac
Les étapes du Traditour se suivent depuis la terre. Les dates et le parcours varient d’une édition à l’autre, jusqu’au lieu de départ : celle de 2025 s’était élancée de la Dominique, en juillet. Le calendrier, au début de la saison cyclonique, oblige d’ailleurs les organisateurs comme les spectateurs à garder un œil sur la météo.
Les maisons proposées par Villaveo pour louer une villa en Guadeloupe sont chacune rattachées à leur commune, et c’est elle qu’il faut regarder en premier quand on veut garder la mer comme fil conducteur. Sainte-Anne et Saint-François placent les lagons de la Grande-Terre à portée de main ; Deshaies et Bouillante donnent sur la côte sous le vent et ses eaux calmes ; Sainte-Rose ouvre sur le Grand Cul-de-Sac marin et ses îlets.
Et si vous tombez sur une étape, oubliez la ligne d’arrivée. Cherchez plutôt une pointe ou une avancée au-dessus de l’eau, là où les canots doivent virer : c’est au moment où les équipiers se jettent d’un bord à l’autre que l’on mesure ce que la voile traditionnelle a gardé de plus vivant.
